Le groupement de distributeurs a conclu un accord avec le célèbre super distributeur espagnol autrefois présent en France avec ses sept plates-formes. L’occasion d’interroger la patronne du réseau sur ses attentes et sur l’actualité du groupement. Quant à Cecauto, s’agit-il juste d’une simple opération via Barcelone ou d’un retour en force marqué par de nouvelles implantations en France ? « Mañana sera un dia nuevo », comme le disent, aussi, les Espagnols…
Oui, il existe bien en France un groupement de distributeurs dirigé par une femme en France… Marie-Ange De Sousa est la patronne du réseau CDA ou Centrale Distribution Auto. Il est vrai qu’elle est corse, il est vrai qu’elle est énergique puisque du jour au lendemain à la mort de son mari tué dans un accident de voiture en 1998, elle a du reprendre la gestion de l’entreprise. Soit les deux sites de Comptoir Insulaire Automobile qui emploie 12 personnes. Marie-Ange est également gérante du groupement qui réunit les 106 points de vente des adhérents distributeurs et une cinquantaine de centres auto de proximité dont 35 portent le panneau Happy Car. Le groupement a subi les contrecoups
de la liquidation de son fournisseur Indeldis l’année dernière avec il était associé via Clara et dont la disparition l’a laissé sans réelle organisation logistique et achats structurels depuis plus de neuf mois. D’où cet accord avec Cecauto.
On ne présentera pas l’opérateur espagnol. Rappelons qu’en Espagne il dispose
de neuf plates-formes dont celle de Barcelone de 27 000 carrés.
RA: Aujourd’hui quel est le volume d’affaires traité par la centrale? Je suppose que l’année dernière votre groupement a du souffrir de la désorganisation entraînée par les difficultés
d’Indeldis avant même sa disparition. Ce qui s’est traduit chez vous par le départ de gros adhérents comme notamment FAB (30) et Peri Accessoires dans la région parisienne et la baisse de fidélité de vos distributeurs, contraints de faire leurs appros en direct.
Marie-Ange De Sousa: Oui nous ne l’avons jamais caché. Nous avons perdu une dizaine d’adhérents d’une certaine taille. Et le chiffre de la centrale est tombé des 18 millions lorsqu’il était à son maximum à 15 millions d’euros en 2008. L’accord avec Cecauto va effacer tout cela!
RA: Quel type d’accord avez-vous signé?
Marie-Ange De Sousa: Un accord de dépannage a été signé fin mars avec Cecauto. Attention, il s’agira d’un fournisseur parmi d’autres. Ils nous vendront leur MDD et les pièces des grands équipementiers.
RA: Quel chiffre d’affaires pensez-vous réaliser avec Cecauto?
Marie-Ange De Sousa: Cecauto devrait représenter un chiffre de 2 millions d’euros en année pleine. Finalement comme celui que nous réalisions avec Indeldis.
RA : Et quand cet accord deviendra-t-il opérationnel?
Marie-Ange De Sousa: Les premières commandes devraient être passées début mai. A la
centrale, une personne a été désignée pour former les adhérents à l’utilisation du catalogue électronique Cecauto et de la commande en ligne. Tout se fera par Internet. J’estime que tout fonctionnera en juin prochain.
RA: De quel(s) point(s) de stockage disposera Cecauto pour vous livrer? Et avec quels délais de livraison?
Marie-Ange De Sousa: Ils opéreront d’abord de Barcelone. Question de délais, au vu de la position géographique, notamment de la plate-forme Cecauto à Barcelone, le sud ouest est à J + 1. Et tout ce qui est au-dessus de la Loire à J + 2. Bien sur, nous espérons que cette situation ne sera que provisoire. Notamment par l'ouverture par Cecauto d’une plate-forme dans la région parisienne dont j'ai entendu parler à Gennevilliers. Et qui sait dans les cinq grandes villes stratégiques de la France.
RA: Pourquoi avoir choisi cette solution et ne pas avoir signé avec un réseau de plates-formes régionales ?
Marie-Ange de Sousa: Nous avons trouvé cette solution pour nos petits adhérents afin de leur faciliter l‘accès à des pièces d’équipementiers d’une certaine importance quand ces derniers ne veulent plus livrer les petits points de vente. Et faciliter cet accès dans des conditions économiques acceptables et inférieures à celles des plates-formes régionales. Aujourd’hui bon nombre de nos adhérents travaillent avec ces dernières dont APO. Ce sera d'ailleurs difficile de changer les habitudes d'achat qu'ils ont prises. En tout cas, nous avons eu, dans le passé, plusieurs discussions avec des réseaux de plates-formes. Nous n’avons jamais eu d'accord. Ce n’est pas notre intérêt, nous préférons travailler en direct avec les équipementiers. Sinon travailler avec un super distributeur à bon prix.
RA: Mais la livraison deux fois par jour n’est-il pas pourtant un avantage essentiel pour vos adhérents dont la taille limite leur capacité de stockage ?
Marie-Ange de Sousa: Oui je le concède et c’est d’ailleurs pourquoi l’accord avec Cecauto ne fonctionnera à plein s'ils disposent un jour à leur tour de plates-formes relais.
RA: Pour en finir avec la logistique, quid de l’accord signé avec Edmond Benchetrit, l’ancien directeur général d’Indeldis pour sa plate-forme Altone située à Toulouse?
Marie-Ange De Sousa: Le courant d’affaires que nous devions avoir n’a jamais fonctionné.
RA: Je crois savoir que vous étiez en discussion avec Doyen en novembre 2008…
Marie-Ange De Sousa : Oui nous avons failli réussir à nous entendre. Mais ils nous demandaient l’exclusivité avec leurs propres marques et fournisseurs… Ce qui n’aurait pas été correct avec nos équipementiers historiques, tels par exemple que Delphi. D’autre part, il aurait été difficile de convaincre instantanément l’ensemble de nos distributeurs lorsque l’on sait que beaucoup achète en direct. Pour bien faire, il aurait fallu étendre cette opération sur trois ans.
RA: Pour revenir à Cecauto, on s’aperçoit aujourd’hui, notamment avec Starexcel le dernier en date, que les groupements font venir des financiers dans leur capital pour assurer leur développement. Y penseriez-vous avec Cecauto?
Marie-Ange De Sousa: Oui, pourquoi pas, mais vous posez la question trop tôt. Ce que va demander en priorité notre groupement, c’est d’abord que Cecauto accomplisse au mieux sa fonction de super distributeur. Sont-ils capables de livrer correctement? En sachant que dans l’idéal, il serait bon qu’ils puissent le faire deux fois par jour. C’est d’abord cela la question… Il est évident que nos adhérents stockent de moins en moins. Ils deviennent épicier. Il est vrai qu’aux alentours des grandes villes comme Marseille, Toulouse, Paris, etc., il ne sert plus à grand chose d’utiliser des mètres carrés à entreposer des marchandises et de mettre son argent dans le stock, alors que vous disposez d’une offre pléthorique de la part des dépôts et plates-formes…
RA: La vente de votre réseau Elit Auto à un de vos adhérents n’est-elle pas regrettable pour votre développement ?
Marie-Ange De Sousa: Certes, mais le seul à avoir développé cette enseigne a été Daniel Guillermde Radiateurs Rézeens. C’est normal que nous le laissions agir. Maintenant si un distributeur du groupement veut en ouvrir un Elit Auto, nous le mettons en relation avec Daniel Guillerm. Pour que le réseau se développe, il est nécessaire que chaque distributeur dispose d’un responsable chargé de l’animation garage, ce qui est lourd pour nos petites structures…
RA: L’effet LME?
Marie-Ange De Sousa: Nous n’avons pas eu pas trop d’échos mais ces deux échéances du mois de mars coup sur coup ont été difficiles à honorer. Même avec OSEO, certains ont eu du mal. Maintenant, l'affaire est trop récente pour se prononcer.
RA: Sentez-vous la concurrence des sites de vente de pièces par Internet?
Marie-Ange De Sousa: Cela m’enrage. Non pas vraiment pour la concurrence qu’ils représentent réellement mais parce qu’ils contribuent à faire baisser les prix de la pièce! Le do it, phénomène proche, je peux vous certifier qu’il a vraiment progressé. Chez moi, dans les trois premiers mois de l'année, le volume d’affaires a augmenté de 10 %, d’une année sur l’autre!